Avoir une passion ou être passionné ?

Publié le 10-12-2017

J'aimerais partager avec vous ma réflexion concernant les "passions", que nous avons ou pas, parfois de manière culpabilisante. 

Il arrive très souvent, au sein de mon cabinet que l'on s'y attarde. J'entends et j'écoute : "Et puis je ne suis pas intéressant, je n'ai aucune passion.. J'aimerais tant avoir quelque chose qui m'anime dans ma vie mais je ne trouve pas quoi. Je me sens nul par rapport aux autres."

Trois choses m'interpellent : 

► L'usage du verbe "avoir" qui, dans ce contexte fait référence à la notion de manque. "AVOIR" nous permet de combler, au moins de manière symbolique et temporaire. Avoir une passion, avoir une maison, avoir une belle voiture, avoir un chien, avoir de l'argent. Que faisons-nous du verbe "être" qui nous renvoie directement à ce que nous sommes au plus profond de nous-même ? Etre heureux.

► L'usage du verbe "trouver" qui implique donc que l'on cherche. 

► La comparaison aux autres.

 

L'envie d'avoir une passion se comprend puisqu'en réalité, une passion est une activité engageante qui nous anime et nous procure une immense sensation de bien-être. Et lorsque nous aimons quelque chose, on s'y intéresse forcèment beaucoup. Cela force l'admiration et nous emporte par la même occasion. Un guitariste passionné nous fera vibrer avec lui !

C'est sain et agréable à condition que ce soit spontané et mesuré.  Je m'explique : 

Pour certains, "avoir une passion" signifie "avoir trouvé un sens à sa vie" et répond à des carrences émotionnelless parfois non identifiées. L'effet sera alors inversé et pourra même amplifier le manque d'estime de soi.

En effet, trouver un sens à sa vie, n'est-ce pas ce à quoi nous aspirons tous ? Cette quête identitaire peut s'avérer décevante lorsqu'elle est menée avec de trop fortes attentes ! Il semble plus rationnel et in fine, plus ambitieux de parvenir à donner du sens à chacune des petites choses que nous entreprenons plutôt qu'à espérer trouver le sens absolu de notre existence. 

 

De plus, dans notre société actuelle, nous connaissons une surenchère des apparences et des modes "tendances", rendues de plus en plus accessibles. Avec un peu de bonne volonté, nous pouvons apprendre et participer à de nombreuses activités, tout domaine confondu.

Face à ce vaste éventail, que choisir ? Apprendre à créer ses propres meubles ? Se mettre à la couture ? S'inscrire à un marathon à l'étranger ? Ou jouer d'un instrument ? 

 

Là encore, le choix des mots n'est pas anodin. Plus haut, j'écris "Que choisir ?" et c'est peut-être là le début d'une induction en erreur. Une passion ne se choisit pas, elle vient à nous ! Bien-sûr, face aux tentations et aux opportunités, il faudra savoir se montrer réactif si l'envie est présente mais celle-ci doit être authentique et indépendante du contexte dans lequel nous nous trouvons. Célibataire, nous avons tendance à multiplier les "passions", ce qui est quelque chose de très positif en soi mais nous les nommerons plus justement "expériences" ou "découvertes". Ce ne sont pas des passions si l'on s'en désengage au prochain changement de statut. 

Une personne réellement passionnée se montrera animée, passionnante, autonome, libre et régulière.

 

J'attire votre attention à un autre niveau de réfléxion. "Avoir une passion" est fortement idéalisé. Le risque est donc de penser que trouver SA passion est un but ultime de développement personnel. D'abord parce qu'une passion nous rend faussement vivant et puis parce qu'elle nous rend "cool" et "intéréssant" en société. Elle nous permet d'attirer l'attention et de briller aux yeux des autres. La question que l'on pourrait alors se poser est : faut-il forcément avoir une passion ou mieux vaut être quelqu'un de passionné / passionnant ? 

 

Comme tout fonctionnement excessif, la passion peut finir par rimer avec ennui. En effet, on peut reconnaître des discours cloisonnés et répétitifs à travers lesquels la personne croit tellement être passionnée qu'elle en devient elle-même ennuyeuse. Impossible de la faire parler d'autre chose. Impossible de la faire partir en vacances ailleurs qu'à l'endroit où se trouve sa passion, sa raison de vivre. Elle ne cherche pas à partager avec les autres, elle cherche à exister voire à imposer. 

 

Avoir une passion de manière saine suppose certes un engagement moral et physique mais elle nous prive, en aucun cas de notre liberté, bien au contraire !  Dans le cas inverse, cela traduit plutôt une forme de dépendance, une obsession ou l'idéalisation d'un mode de vie. Le manque d'estime de soi nous pousse à vouloir exister par le biais de quelque chose. La personne toute entière devient la passion et se renferme jusqu'à s'en alliéner. Elle cherche à tout prix à suivre un modèle ou à l'opposé, à se positionner à contre modèle. 

 

De la même manière, avoir la chance d'exercer ce que l'on appelle un "métier passion" est souvent une chose enviée et c'est normal car, si ce travail permet de maintenir un bon équilibre global, il apportera une incroyable satisfaction et un sens aux journées. C'est le cas des métiers tels que photographe, cuisinier, entrepreneur, dessinateur, footballeur, chanteur... mais si la personne se substitue à son métier jusqu'à en faire son unique identité, cela peut devenir risqué. 

Ou placer le curseur ? 

De nombreux chefs d'entreprise se donnent la mort après une faillite...

 

Enfin, pour celles et ceux qui se reconnaissent dans le fait de souffrir du manque de "passion", cessez d'en chercher une à tout prix et demandez vous ce qui vous empêche de vous sentir vivant rien qu'en étant "vous"

 

Prenez conscience que vous pourriez tout simplement être passionné de la vie, de tout ce qu'elle a de plus beau à vous offrir.

Récemment, une personne m'a beaucoup inspirée à ce sujet, une personne que j'ai vu évoluer chaque jour et qui a donné du sens à chacune de ses actions. Elle n'a pas de passion, elle est passionnante !  Elle aime la vie et ses petites choses : faire un brunch avec une amie, faire un Jogging une fois tous les six mois quand "ça lui chante", préparer le goûter de ses enfants, confectionner leur déguisement d'Halloween, lancer des débats facheux, lire, rester sur son canapé à ne rien faire, rencontrer de nouvelles personnes, détester les jeux de société et adorer chanter... ou encore voyager et prendre de belles photos à partager sur les réseaux sociaux. Là encore des nuances sont à faire : ne pas idéaliser les réseaux sociaux comme ne pas les diaboliser, simplement les utiliser sans frustration et selon sa propre personnalité. 

Elle est curieuse de tout mais n'est experte en rien. Elle brille juste en étant elle-même, par sa façon d'être.

 

Nous reconnaissons les personnes simples et passionnées par le bien-être que nous ressentons en leur compagnie. Le temps vole. 

 

Continuer à frissoner devant les choses simples de la vie sans rapport à la "performance" et être ouvert à tout et toutes sortes de personnalité restent encore la capacité la plus fascinante qu'un individu peut avoir. 

 

Cessons de culpabiliser et de nous sentir "creux" lorsqu'aucune activité particulière ne nous passionne. Soyons simplement ouverts et en accord avec nous-même. A l'inverse, si nous avons la chance de posséder une belle passion et d'être passionné, savourons là et faisons le choix, en tout humilité, de la partager ou non avec autrui. Cela nous appartient !

 

Enfin, avoir une passion ne suffit pas pour attribuer de la valeur à un être.. nous devenons passionnant chaque fois que nos yeux s'illuminent avec une âme d'enfant... Nous avons tous une valeur, une valeur  inestimable et unique qui puis est. 

 

Qu'en pensez-vous ? 

 

- M - 

 

 

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