Abandon

Publié le 06-02-2018

"J'ai peur qu'on m'abandonne"

 

L'une des principales causes de mal-être et de consultations concerne le syndrome abandonnique, autrement appelé la "blessure de l'abandon " par Lise Bourbeau. 

Il m'a semblé intéressant de démystifier le sujet. Souvent j'entends et j'écoute : "Je me reconnais beaucoup dans les symptômes décrits mais comment puis-je m'en défaire ?" .

Il ne s'agit pas seulement de les reconnaître mais bien de les ressentir, les comprendre, les accepter, les soigner...

 

Le vécu abandonnique vient de l'enfance et s'exprime davantage à l'âge adulte. Les relations sociales et toutes les situations amenant de potentielles séparations sont vécues comme de véritables déchirements mêlant ainsi sentiment d'insécurité et profonde tristesse. L'enfant intérieur continue de souffrir. 

 

"Mais je n'ai pourtant pas été abandonné durant mon enfance". 

En effet, parfois il ne s'agit pas d'un abandon en tant que tel, concret et réel mais plutôt d'un ressenti. L'enfant se sent abandonné.

 

Plusieurs situations peuvent déclencher la disparition d'un lien affectif important :

♦ Un abandon réel

♦ L'arrivée brutale d'un petit frère ou d'une petite soeur

♦ Un papa absent 

♦ Une maman trop occupée par son travail 

♦ L'hospitalisation d'un enfant

♦ La séparation du couple parental 

♦ Un changement de vie, un manque d'attention

♦ .... 

 

L'enfant ne dispose pas des informations et n'a pas la maturité pour comprendre. Son seul recours sera l'interprétation et un profond sentiment d'abandon qui l'amèneront à s'incrire sur ce mode de fonctionnement pour se protéger des futurs dangers affectifs.

Quant à l'enfant devenu adulte, il sera en mesure de mettre en mot, de justifier ces situations dans le but de les dédramatiser et de "faire taire"  les éventuelles "séquelles" laissées. Cependant son mal-être s'exprimera d'une manière ou d'une autre, souvent détournée. 

De la même façon, un enfant qui a été sur protégé, couvé, instrumentalisé par des parents angoissés pourra exprimer des difficultés similaires à l'âge adulte, recherchant sans cesse de nouveaux liens fusionnels pour se sentir en sécurité. Le monde est perçu comme étant dangereux. 

 

L'adulte aura besoin d'être rassuré en permanence dans ses relations à l'autre et connaîtra souvent des relations conflictuelles. 

Nous retrouvons parfois des comportements d'auto-sabotage qui nourrit la croyance selon laquelle la personne n'a aucune valeur. En réalité, la peur d'être abandonné à nouveau pousse la personne à rejeter les autres avant qu'ils ne le fassent eux-mêmes, convaincue qu'il n'y aucune alternative. Un cercle vicieux. 

Toute l'ambivalence réside dans le fait de rechercher d'une part, l'amour des autres à tout prix, d'être accepté et reconnu socialement et d'autre part, de rejouer sans cesse et inconsciemment la blessure de l'abandon. 

C'est en cela que le travail d'un bon thérapeute aidera à identifier puis à casser ce schéma d'échec pour pouvoir s'épanouir dans sa relation à soi et aux autres. 

 

Voici quelques caractéristiques du syndrome abandonnique

♦ Besoin de reconnaissance : exister uniquement à travers le regard de l'autre, plaire, séduire

♦ La culpabilité : ne pas se sentir digne d'amour

♦ Le rejet des autres : agressivité, tristesse

♦ L'isolement : repli sur soi, se sentir différent et incompris 

♦ La sur-adaptation : dire oui à tout 

♦ La remise en question et le refoulement : douleurs psychosomatiques

♦ La peur de la solitude : recherche de présence

♦ Le sacrifice : être prêt à tout pour être aimé même avec humiliation, oublier ses propres besoins

♦ Les mauvais choix : être attiré par des personnes malveillantes 

♦ Amitiés et vie amoureuse compliquées

♦ Dépendances affectives fortes

♦ Hypersensibilité maladroite 

♦ Victimisation

 

La personne qui souffre d'un syndrome abandonnique ne pense pas mériter le bonheur et continue de souffrir des carences affectives anciennes. Le manque d'attention d'un ou des deux parents, ou bien d'une tiers personne ayant joué un rôle important dans le développement de l'enfant laissera, sans aucun doute des "traces". 

 

Par exemple, la personne devenue adulte cesse de fonctionner lorsqu'elle perd l'attention des gens qui l'entourent et plus particulièrement l'attention de la personne avec qui elle est en couple. Le coeur des relations amoureuses est l'endroit priviligié où s'expriment ces blessures. C'est là que tout ressurgit ! La potentielle séparation avec l'être aimé produit un état émotionnel insécur douloureux.

Elle pourra alors se substituer aux désirs des autres,  parfois faire d'intenses crises de jalousie, manipuler, changer d'humeurs ou devenir agressive.  Elle peut également rester avec la mauvaise personne plusieurs années et redouter la solitude. 

Souvent, j'entends et j'écoute : "Lorsque je suis seul(e), je n'ai pas envie de me cuisiner ni de passer du bon temps. Je trouve cela inutile si ce n'est pas pour partager avec quelqu'un". 

 

Un travail personnel sera nécessaire pour amener la personne à identifier ce mode de fonctionnement et s'en libérer. 

 

Voici quelques axes de travail vers la libération

> Travailler sur la confiance en soi et l'estime de soi

> Apprendre à être soi-même et à décevoir 

> Se déculpabiliser

> Apprendre à dire "non" 

> S'affirmer, s'accepter

> Apprendre à exprimer ses besoins

> Poser un regard objectif sur ses relations aux autres

> Explorer et soigner les blessures anciennes

 

Enfin, le travail consistera à réparer le lien à soi et l'amour de soi, dans sa globalité. 

 

Devenez votre propre convive ! Il n'existe aucun meilleur invité que vous-même pour passer une excellente soirée. Gâtez-vous et prenez soin de vous. Trop d'attentes créent beaucoup de déceptions inutiles. Ne rien attendre des autres amène, à l'inverse, de belles surprises ! 

 

La prise de conscience est le premier pas vers le chemin de l'épanouissement. Un recentrage sur soi authentique, le suivant. 

Nous méritons tous d'être heureux. 

 

 

- M - 

 

 

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